Mitochondries, énergie et microbiote : ce que la science dit vraiment
Publié le: 22/06/2026 par:Kenza Mirouh
Pr. Vincenzo Castronovo
Qu'est-ce qu'une mitochondrie, exactement ?
Le Professeur Vincenzo Castronovo, médecin spécialiste en médecine fonctionnelle intégrative et auteur du livre Mitochondrie, source d'énergie, de santé et de longévité, propose un terme pour désigner l'ensemble du parc mitochondrial d'un individu : le mitobiote. Une analogie directe avec le microbiote, qui dit quelque chose d'important sur la façon dont ce chercheur envisage ces organites, non pas comme des éléments isolés, mais comme un écosystème à part entière à l'intérieur de chaque cellule.
"Mitobiote" est un terme proposé par le Pr. Castronovo, non encore standardisé dans la nomenclature scientifique internationale. Il traduit cependant une réalité biologique documentée.
Les mitochondries sont présentes dans presque toutes les cellules du corps humain. Chaque cellule en contient entre 1 000 et 3 000. Elles représentent environ 10 % du poids corporel total. Le cœur, à lui seul, est composé à 40 % de mitochondries. Le cerveau, qui ne pèse que 2 % du poids corporel, consomme 20 % de l'oxygène total, ce qui témoigne de l'intensité de son activité mitochondriale.
Leur mission centrale est de produire l'ATP, la molécule qui alimente chaque activité vitale de l'organisme, de la contraction musculaire à la transmission nerveuse. Si vous vous sentez épuisé de façon persistante sans explication claire, il peut être utile d'explorer l'état de votre microbiote, dont l'influence sur le métabolisme énergétique.
L'ATP : la monnaie énergétique de toutes vos cellules
L'ATP, adénosine triphosphate, est la molécule par laquelle l'énergie circule dans le vivant. Chaque contraction musculaire, chaque signal nerveux, chaque division cellulaire en consomme. Elle est commune à tous les organismes vivants, du plus simple au plus complexe. L'ATP joue également un rôle structural : elle entre dans la composition des acides nucléiques, les briques fondamentales du code génétique.
La quantité produite chaque jour par un être humain est considérable, plusieurs dizaines de kilos selon le niveau d'activité.
Avant l'apparition des mitochondries, les cellules produisaient de l'ATP uniquement par glycolyse, en dégradant le glucose. Le rendement était très faible. Grâce à la respiration cellulaire que les mitochondries ont rendue possible, ce rendement a été multiplié de manière spectaculaire. Ce bond énergétique a rendu possible le développement de formes de vie complexes.
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Faire votre analyseDéfinition : La glycolyse est le processus par lequel une cellule dégrade le glucose pour produire de l'énergie. Elle ne nécessite pas d'oxygène et constitue la voie ancestrale de production d'ATP, bien moins efficace que la respiration cellulaire mitochondriale.
Les mitochondries utilisent également les acides gras comme carburant, avec un rendement énergétique supérieur à celui du glucose. Pour que ce carburant puisse entrer dans la mitochondrie, un transporteur est nécessaire : la L-carnitine, un acide aminé produit par l'organisme, présent en grande concentration dans les viandes rouges. La qualité de ce métabolisme énergétique est étroitement liée à l'état de votre flore intestinale, qui influence la disponibilité de nombreux nutriments essentiels au fonctionnement cellulaire.
D'où viennent vos mitochondries ?
L'histoire des mitochondries est une aventure évolutive. Il y a très longtemps, une bactérie capable de réaliser la respiration cellulaire a été absorbée par une cellule plus grande, sans être digérée. Cette cohabitation, appelée endosymbiose, s'est révélée mutuellement bénéfique : la cellule hôte fournissait des nutriments, la bactérie fournissait de l'énergie. Cette bactérie est devenue, au fil du temps, la mitochondrie.
Les preuves de cette origine bactérienne sont encore lisibles aujourd'hui. La mitochondrie possède deux membranes distinctes : la membrane externe ressemble à celle de la cellule hôte, la membrane interne ressemble à celle des bactéries contemporaines. Elle conserve aussi son propre génome, l'ADN mitochondrial, distinct du génome nucléaire et beaucoup plus archaïque, sans les mécanismes de réparation dont bénéficie l'ADN du noyau.
Une autre particularité remarquable : vos mitochondries sont exclusivement d'origine maternelle. Les mitochondries du spermatozoïde alimentent son flagelle durant le long trajet vers l'ovule, puis sont éliminées à la fécondation. L'enfant hérite donc uniquement des mitochondries de sa mère, ce qui fait de la lignée mitochondriale un outil précieux pour les études d'anthropologie et de généalogie.
Radicaux libres et stress oxydatif : quand l'énergie devient toxique
Toute production d'énergie génère des déchets. Pour les mitochondries, ces déchets sont des molécules d'oxygène instables appelées radicaux libres, ou espèces réactives de l'oxygène. À faible concentration, ils jouent un rôle de signalisation cellulaire. En excès, ils endommagent les membranes, les protéines et l'ADN.
L'oxygène est un atome qui capture très facilement les électrons des molécules voisines. Lorsqu'il capte un électron dans de mauvaises conditions, il devient un radical libre, instable et agressif, qui va à son tour arracher des électrons à d'autres molécules. C'est une réaction en chaîne.
"L'oxygène est un des atomes les plus électrophiles, c'est-à-dire qu'il va arracher les électrons." - Pr. Vincenzo Castronovo
C'est ce qu'on appelle le stress oxydatif : un déséquilibre entre la production de radicaux libres et la capacité de la cellule à les neutraliser. Il est associé au vieillissement accéléré et à de nombreuses maladies chroniques.
L'organisme dispose de systèmes antioxydants pour y répondre. Le glutathion, le coenzyme Q10, la vitamine E, la vitamine A, le sélénium, le cuivre, le fer et l'acide alpha-lipoïque font partie de ces outils. Lorsque l'alimentation ne les fournit pas en quantité suffisante, les mitochondries deviennent plus vulnérables. Ce déséquilibre peut se manifester de façon diffuse, à travers une fatigue persistante, des troubles digestifs ou une inflammation chronique de bas grade. La perméabilité intestinale est l'un des mécanismes par lesquels l'intestin peut amplifier ces déséquilibres systémiques.
Mitophagie et biogenèse : comment votre corps entretient son parc
Votre corps ne subit pas passivement la dégradation de ses mitochondries. Il dispose d'un système de contrôle qualité.
Les mitochondries les moins performantes, celles qui produisent trop de radicaux libres et peu d'ATP, sont identifiées, marquées par un processus biochimique, puis éliminées. Ce mécanisme s'appelle la mitophagie. En parallèle, les mitochondries les plus efficaces se divisent pour compenser les pertes. C'est la biogenèse mitochondriale. L'objectif est de maintenir un parc de taille stable mais de qualité optimale.
L'activité physique joue un rôle direct dans ce processus. Lors d'un effort soutenu, toutes les mitochondries sont sollicitées, y compris les moins efficaces. Celles qui produisent trop de radicaux libres sous l'effort sont étiquetées pour être éliminées. Bouger régulièrement, c'est donc littéralement renouveler son parc mitochondrial.
"Se mettre en mouvement permet de faire le tri dans les mitochondries." - Pr. Vincenzo Castronovo
Le lien entre microbiote et mitochondries
C'est l'un des points les plus importants soulevés par le Pr. Castronovo : les bactéries intestinales et les mitochondries sont en communication permanente.
Lorsque le microbiote intestinal est équilibré, cette communication soutient le bon fonctionnement du parc mitochondrial. Lorsqu'il est perturbé, c'est l'ensemble du métabolisme énergétique cellulaire qui peut être affecté. Selon le Pr. Castronovo, ce lien permettrait d'expliquer pourquoi certaines pathologies graves ont été associées dans des travaux récents à des altérations du microbiote intestinal.
"Pour avoir un bon parc mitochondrial, il faut absolument avoir un bon microbiote." - Pr. Vincenzo Castronovo
Ce que cela signifie concrètement : prendre soin de son microbiote, c'est aussi prendre soin de ses mitochondries. Les deux écosystèmes sont interdépendants. C'est précisément ce que révèle l'étude de l'axe intestin-cerveau, où les signaux biologiques circulent en boucle entre l'intestin, le système nerveux et les cellules de l'organisme.
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Faire mon analyseCe qui fragilise vos mitochondries au quotidien
Selon le Pr. Castronovo, le mode de vie occidental contemporain cumule plusieurs facteurs qui dégradent le parc mitochondrial.
Les carences en micronutriments arrivent au premier plan. Les mitochondries ont besoin d'un ensemble de molécules précises pour fonctionner : sélénium, glutathion, coenzyme Q10, vitamines A et E, cuivre, fer, acide alpha-lipoïque, acides gras oméga-3. Une alimentation pauvre en micronutriments les prive des outils essentiels à leur bon fonctionnement. Le rôle des probiotiques dans la disponibilité de certains de ces nutriments est aujourd'hui bien documenté.
La sédentarité empêche le renouvellement naturel du parc mitochondrial. Sans sollicitation régulière, les mitochondries déficientes ne sont pas identifiées et ne sont pas éliminées.
Les polluants environnementaux agissent directement sur la mitochondrie. Les métaux lourds comme le plomb, le cadmium, le mercure et l'aluminium, tout comme les pesticides, sont documentés comme toxiques pour la fonction mitochondriale. Le Pr. Castronovo considère les mitochondries comme des "biosenseurs" des agressions environnementales, parmi les premières structures à en porter les effets.
Certains médicaments sont également évoqués. Le Pr. Castronovo cite les statines, dont l'effet sur une voie de synthèse impliquée dans la production de coenzyme Q10 est documenté en pharmacologie. Il cite aussi le paracétamol, qui consomme du glutathion, antioxydant clé pour la protection mitochondriale.
Note importante : Ces informations sont issues de la pharmacologie mitochondriale et ne constituent pas une recommandation d'arrêter un traitement. Toute question sur un médicament en cours doit être discutée avec un professionnel de santé.
Les troubles digestifs chroniques, comme les douleurs abdominales ou les symptômes du syndrome de l'intestin irritable, peuvent être le reflet visible de déséquilibres biologiques plus profonds, dont la santé mitochondriale fait partie.
Références scientifiques
Castronovo, V. — *Mitochondrie, source d'énergie, de santé et de longévité.* Disponible sur Amazon la Fnac
Gray, M.W. (2012). Mitochondrial evolution. Cold Spring Harbor Perspectives in Biology
Rich, P.R. (2003). The molecular machinery of Keilin's respiratory chain. Biochemical Society Transactions.
Bhatti, J.S. et al. (2017). Mitochondrial dysfunction and oxidative stress in metabolic disorders. Progress in Molecular Biology and Translational Science.
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kenza@symp.coRédactrice web et créatrice de contenu chez Symp.
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